UTMB 2014: Mission accomplie

IMG_6890Cette course était pour moi l’objectif de la saison 2014. Bien qu’il soit très compliqué d’anticiper un chrono sur un premier UTMB en « entier », je m’étais fixé une fourchette entre 24 et 26h ( 24h étant vraiment le rêve et 26h bien plus raisonnable).

C’est donc avec un immense plaisir après cette année d’entraînement et de course de préparation, que je vous fais partager ces 25h24’42 » de pur bonheur! (retrouvez les résultats complets sur le lien suivant)

J’étais accompagné pour l’occasion d’une assistance familiale de choc ! Ma femme bien sûr fidèle à son poste, mes parents, ma sœur et sa fille. De quoi me motiver dans cette longue course.

IMG_6898Nous voilà donc au départ où je suis agréablement surpris de pouvoir accéder grâce à mon dossard 204 au sas « élite »(en fait ça veut dire juste que tu n’attends pas 1h debout compressé comme une sardine). J’ai le grand plaisir de retrouver assis sur la ligne de départ mon ami Seb Henri. Il est  16h45, autant vous dire que nous avons le temps de réfléchir à quelle sauce nous allons être mangés.  15 minutes plus tard, le temps décide de nous annoncer la couleur en nous envoyant quelques gouttes. Nous essayons de nous abriter pour ne pas sortir la veste. Le moment tant attendu approche et après une petite accalmie, une très grosse averse se déclenche 10 minute avant le départ. Comme par miracle un concurrent derrière nous à un grand parapluie et nous en profitons un peu (c’est dingue comme on peut se faire des amis rapidement !).

La fameuse musique du départ retentit enfin sous la pluie battante, nous sommes trempés mais heureux de commencer cette belle aventure.

Le peloton s’allonge en essayant de suivre les fusées des avant-postes. Nous parvenons avec Seb à ne pas trop se faire aspirer par toute cette euphorie, en essayant de se placer sans trop y laisser de plumes.  Il m’annonce quand même un 14.5km/h avant de passer devant le site d’escalade… Malgré cela je peux vous dire qu’il y a beaucoup de monde devant.

Les choses sérieuses commencent dans la montée des Houches pour arriver au Delevret. Nous doublons tranquillement sans tirer sur la machine.  Juste avant le sommet, nous rejoignons Pascal Blanc qui n’est pas dans un bon jour. Nous passons en 115ème position au sommet. Comme prévu, nous gérons au maximum la descente pour ne pas entamer le capital quadriceps.

Nous voilà donc au ravito de Saint Gervais qui va être « express », juste le temps de remplir la gourde. Il pleut toujours assez fort.

Dans cette partie et jusqu’au Contamine, je décide de lever un peu le pied pour récupérer avant l’ascension du Col du Bonhomme. Je laisse partir Seb qui est dans un rythme un poil trop vite pour moi.

Les kilomètres passent et la pluie me casse un peu le moral. Arrivé au Contamine en 110ème position,  j’ai 30 minutes d’avance sur le temps fixé. Je prends un plus de temps pour recharger en barres, poudre, gels et pour mettre de la crème sous mes pieds. Je sais que je ne reverrai pas mon assistance avant Courmayeur  à 47 km.  

En route vers Notre Dame de la gorge puis l’ascension du col du Bonhomme. Les jambes sont bonnes et la pluie commence même à diminuer. On dirait que les choses vont en s’arrangeant. Je passe le col puis le refuge toujours au même rythme pointant à la 125ème place. Je sais qu’avec toute cette pluie, la descente va être glissante et je décide de garder les bâtons à la main. Tous va pour le mieux arrivé aux Chapieux où nous avons droit à un contrôle des sacs (téléphone et veste seulement). Je rempli mes gourdes et je repars dans la foulée. La route vers le village des glaciers me paraît un peu longue en pleine nuit, il me tarde d’arriver au col de la Seigne. Cette montée se passe bien, j’enchaîne bien le passage au lac Combale, je m’arrête seulement le temps de remplir à chaque fois. Dernière montée avant de rejoindre mon assistance, j’ai bien le parcours en tête et il me tarde de les voir. Je monte l’arrête Mont Favre toujours au même rythme et je continue à récupérer quelques places. Je sais que la descente vers Courmayeur  va être longue et qu’elle a déjà coûté énormément à beaucoup de trailers. J’arrive donc en souplesse au fameux ravito 85ème. Je prends le temps, à quasiment la moitié de la course, de manger correctement, de soigner une vielle tendinite du releveur qui pointe le bout de son nez et de changer les chaussette et les chaussures.IMG_6942

 

Je me fixe mon prochain rendez-vous avec mon assistance à Champex 42km plus loin. Je repars 78ème avec  en tête la portion entre le refuge Bertone et Arnuva juste après la prochaine montée. Elle  m’avait paru longue pendant la reconnaissance un mois avant. Je récupère Vincent Delebarre dans la montée à Bertone qui est bien mal en point, ce qui renforce mon désir d’en garder toujours et encore.

Une fois à Bonati, je suis en 68ème position et tous les voyants sont encore au vert. J’échange quelques mots avec Franck Oddoux qui, tel un magicien, se déplace d’un sommet à un autre pour dénicher les meilleurs photos  (c’est toujours très réconfortant de voir quelqu’un que l’on connaît quand on est perdu dans la montagne…).

Sur la route d’Arnuva, je repasse Fernanda Maciel qui m’avait doublé dans le col du Bonhomme et nous faisons route ensemble jusqu’au ravito.

Dans le ravito d’Arnuva, je retrouve Seb. Je reste à peine 2 minutes après une petite soupe et j’attaque le Grand col Ferret. Je sais que Seb est plus rapide que moi dans les bosses et qu’on se retrouvera plus loin. Nous arrivons comme prévu ensemble au sommet, en 55èmeposition. Une douleur sous le pied m’oblige à m’arrêter après le col. J’en profite pour ranger les bâtons et la veste car je sais que cette descente est interminable. Je reviens doucement sur Seb puis nous restons ensemble jusqu’au fond de la vallée pour rejoindre ensuite à un bon rythme le ravito de la Fouly. Seb veut prendre IMG_6986IMG_6989son temps, j’en profite pour me refaire une soupe puis nous repartons ensemble. Nous décidons de gérer jusqu’à Champex, 19 kilomètres plus loin.  Nous récupérons bien dans cette portion et la montée de Champex se passe sans accroc. Arrivés au ravitaillement, nous sommes dans les cinquante premiers!

Il nous reste 46km et 3 grosses bosses. Je repars un peu avant Seb, vraiment doucement pour qu’il me récupère plus loin.  J’arrive au pied de Bovine sans lui et je commence à grimper. A mi-montée il me récupère et me motive pour forcer un peu l’allure. Je me place derrière lui pas tout à fait serein, la tête un peu dans le guidon. Nous gagnons pas mal de place sur la fin de la montée et quelques une dans la descente jusqu’au ravito de Trient, où nous arrivons en 43ème position. Il ne faut pas regretter mais ce sera une bonne leçon pour la suite : ne jamais suivre quelqu’un en ultra trail ! 1h de survitesse et me voilà cuit. Je sais qu’il me faut un bon ravitaillement pour aller jusqu’au bout. Tout le monde me motive pour retrouver des forces. Je repars quelques minutes après Seb, à qui j’ai dit de ne pas m’attendre.

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La montée de Catogne débute direct après le ravito et je sais que dans l’état actuel, j’en ai pour une cinquantaine de minutes. Je trouve un rythme confortable, je regagne même une place en grimpant jusqu’au sommet tant bien que mal. Je me laisse descendre pour retrouver des forces mais je sais que la dernière montée va être très longue…Malgré tout j’arrive à Vallorcine 34ème.

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Après un ravito très rapide me revoilà en route! Le col des montée (petit mise en bouche)  qui se monte en courant, passe assez bien. Au passage de la route, j’ai repris un peu de force et je jette un coup d’œil vers les lacets tous là-haut qui mène  à la Tête au vent. L’expression  « last but not  least »( la dernière et pas la moindre) prend alors tout son sens !  La première partie se monte assez bien, il n’y a personne derrière moi, je monte au « train ». Je commence vraiment à peiner dans la deuxième partie de l’ascension et je me sens vraiment épuisé.  Ca sent vraiment le chemin de croix jusqu’à la tête au vent.  Un sentier bien technique avec des  grosses marches à gravir, c’est  parfaitement ce qu’il faut quand vos jambes ne répondent plus… .  C’est incroyable comme les choses peuvent tournées vite en ultra. En très peu de temps, Jean-Yves Rey me rattrape et me dépose littéralement.

J’aperçois enfin le sommet  et  Je revois ce sacré Franck .O, « le magicien des sommets », qui a du tirer le plus beau  de tous mes portraits. Il me redonnes un peu de courage et m’annonce que la Flégère n’est plus très loin. Plus très loin qu’il disait ! Je serre les dents pour ne pas trop perdre de temps mais les passages techniques font rejaillir toutes les douleurs accumulées des 150km passés.  Au passage à la Flégère Jean-Yves s’est arrêté pour se faire strapper un genoux et repars juste avant mon arrivée. Il va encore un peu plus vite que moi et je le laisse s’éloigner.

Le téléphérique de la Flégère est enfin en ligne de mire ! A ce moment là, je me retourne pour juger de l’avance sur mes poursuivants que je commence à apercevoir au loin. Le calcul est simple. Il me reste un petit bout roulant, une petite montée très sèche pour le téléphérique et  environ 40 minutes de descentes jusqu’à l’arrivée. Je ne sais pas si les forces me reviennent ou si c’est le simple fait de visualiser le chemin jusqu’à Chamonix mais je débranche le cerveau et c’est parti pour la dernière ligne droite !

J’entame la descente très roulante au départ du téléphérique avec assez de vitesse pour ne pas être rattrapé. Les kilomètres passent et la ligne d’arrivée se rapproche. Le sentier est maintenant plus technique et je reprends du plaisir pour arriver jusqu’à la « Floria »(un petit chalet qui vaut le détour !). J’y suis monté 2 jours avant et je sais qu’une fois ce repère passé il  me reste plus que 20 minutes maxi avant de franchir la ligne.  Les jambes s’emballent comme si mon corps avait oublié ce qui s’était passé avant.

A ma grande surprise je rattrape Jean-Yves Rey. Il accélère un moment pour rester à mes côtés mais je pense que son genoux le fait trop souffrir et il est contraint de lever le pied. Je termine la descente au même rythme jusqu’à la route.

La boucle est bouclée ! Nous voilà à Chamonix après plus de 25h d’effort. J’apprécie chaque foulée de ce derniers kilomètres dans les rues avec la foule si généreuse de félicitations et d’encouragements. Les derniers virages, j’entends Ludovic Collet au micro, j’aperçois la ligne avec mon pote Seb Henri qui m’attend fraîchement arrivé 2 minutes avant ! Quelle émotion intense d’en avoir terminé et de revoir ceux que j’aime et qui m’ont tellement bien soutenu.

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Merci pour cette magnifique aventure,

Thomas   

À propos de Expertrail

Coach Sportif & Ultra-runner

Publié le septembre 1, 2014, dans Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. C’est tellement énorme et ça parait presque facile à te lire…. Mille bravos !

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